Sexualité après 70 ans : Comprendre les changements et savoir quand consulter

La sexualité après 70 ans est un sujet souvent entouré de tabous, pourtant, de nombreux changements physiologiques sont normaux. Cet article explore ce qui relève du vieillissement naturel et ce qui nécessite une attention médicale, notamment en ce qui concerne l'éjaculation et les troubles associés.

Ce Qui Est Normal Après 70 Ans

Avec l'âge, le corps masculin subit des transformations naturelles qui affectent la fonction sexuelle. La production de testostérone diminue progressivement, entraînant des modifications dans le délai d'obtention d'une érection, sa fermeté, le volume de sperme et l'intensité de l'orgasme. La période réfractaire, le temps nécessaire avant de pouvoir avoir un nouveau rapport sexuel, s'allonge considérablement.

  • Entre 60 et 69 ans : La période réfractaire dure quelques heures à une nuit. Le volume de sperme connaît une légère baisse progressive, et les érections spontanées sont moins fréquentes mais conservées.
  • Entre 70 et 79 ans : La période réfractaire peut s'étendre à un ou plusieurs jours. Le taux de testostérone est divisé par deux par rapport à la vingtaine. L'orgasme peut être moins intense et prendre plus de temps à atteindre.
  • 80 ans et plus : La période réfractaire est systématiquement de plusieurs jours. Un homme sur trois peut éprouver des difficultés à atteindre l'orgasme. Le volume de l'éjaculation est très réduit, voire absent (anéjaculation).

L'Anéjaculation : Un Tabou à Briser

L'anéjaculation, l'absence d'émission de sperme malgré une érection et un orgasme, est un phénomène qui touche de nombreux hommes seniors. Les causes peuvent être multiples :

  • Facteurs neurologiques : Souvent liés à une chirurgie pelvienne ou au diabète (environ 47%).
  • Facteurs psychologiques : Représentent environ 42% des cas.
  • Facteurs pharmacologiques : Liés à la prise de certains médicaments, notamment les antidépresseurs ISRS (environ 22%).

Il est crucial de noter qu'un cas sur cinq d'anéjaculation est purement médicamenteux et potentiellement réversible par un changement de traitement.

Médicaments et Leurs Impacts sur l'Éjaculation

Certains médicaments couramment prescrits pour des affections comme l'hypertrophie bénigne de la prostate (HBP) peuvent affecter l'éjaculation. Les alpha-bloquants tels que la tamsulosine et la silodosine sont fréquemment associés à l'anéjaculation ou à l'éjaculation rétrograde (le sperme remonte dans la vessie).

  • Silodosine (Urorec, Silodyx) : Fort impact sexuel, avec une éjaculation rétrograde très fréquente. Plus de 50% des patients ont interrompu le traitement dans une étude. L'effet est réversible à l'arrêt.
  • Tamsulosine (Josir, Omix, Omexel) : Impact sexuel modéré, avec une anéjaculation ou une éjaculation rétrograde fréquente. L'effet est également réversible.
  • Alfuzosine, Doxazosine : Faible impact sexuel, avec un effet moindre sur la fonction éjaculatoire. Ces options sont souvent préférables pour préserver la fonction sexuelle.

Il est essentiel de discuter de ces effets secondaires potentiels avec son urologue, car des alternatives moins impactantes existent.

Après une Chirurgie de la Prostate

La prostatectomie radicale, traitement courant du cancer de la prostate, peut entraîner des conséquences sur la fonction sexuelle. Des études montrent que près de 75% des hommes traités souffrent de dysfonction érectile, plus de 50% vivent mal leur anéjaculation, et environ 25% rapportent des fuites urinaires pendant l'orgasme (climacturie). Ces troubles peuvent avoir des répercussions psychologiques importantes, mais des solutions existent pour améliorer la qualité de vie.

Quand Consulter un Médecin ?

Bien que de nombreux changements soient physiologiques, certains signes doivent alerter et motiver une consultation rapide :

  • Douleur lors de l'éjaculation.
  • Présence de sang dans le sperme.
  • Apparition soudaine de troubles érectiles sans cause évidente.
  • Symptômes urinaires inhabituels et soudains.

Il est important de rappeler que la dysfonction érectile peut être un symptôme précoce de maladies cardiovasculaires. Un bilan incluant dosage de testostérone, bilan hormonal, glycémie, bilan lipidique et un questionnaire standardisé (IIEF-5) est recommandé. N'hésitez pas à aborder ces sujets avec votre urologue.