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Agirc-Arrco : pourquoi un long arrêt maladie peut amputer votre retraite malgré les trimestres validés
Huit mois d'arrêt, les trimestres validés, et la certitude que tout est en ordre. Jusqu'au jour de la liquidation, quand le montant de la pension sort plus bas que prévu. Le calcul est légal — et personne ne l'avait signalé.
JEUDI 4 JUIN 2026·Par Fabrice Crozier
Les trimestres sont là, bien alignés sur le relevé de carrière. La durée d'assurance est atteinte. Et pourtant, au moment de la liquidation, la pension Agirc-Arrco déçoit. Pas d'erreur de calcul, pas de dossier mal instruit : le régime complémentaire fonctionne selon une logique propre, distincte de celle du régime général, et cette logique pénalise silencieusement ceux qui ont traversé un long arrêt maladie.
Deux régimes, deux logiques
Le régime général de la Sécurité sociale valide des trimestres dès lors qu'un seuil de cotisations annuelles est atteint — environ 150 fois le Smic horaire par trimestre. Un arrêt maladie indemnisé permet généralement de valider ces trimestres, puisque les indemnités journalières sont prises en compte. C'est ce que reflète le relevé de carrière de l'Assurance retraite. Rien à signaler, en apparence.
L'Agirc-Arrco fonctionne autrement. Le régime complémentaire des salariés du privé repose non pas sur des trimestres, mais sur des points. Chaque mois, une fraction du salaire brut génère des points, selon un taux de cotisation appliqué à la rémunération réelle. Quand le salaire s'arrête — ou se réduit aux indemnités journalières, plafonnées et non soumises aux cotisations de retraite complémentaire dans les mêmes conditions —, l'acquisition de points ralentit ou s'interrompt.
Un arrêt de huit mois, c'est potentiellement huit mois sans points Agirc-Arrco, ou avec une acquisition très réduite. Sur une carrière, plusieurs épisodes de ce type creusent un écart que le relevé de carrière standard ne rend pas visible.
Ce que les chiffres révèlent
Selon l'Agirc-Arrco, plus d'un million et demi de salariés cotisant au régime complémentaire ont connu au moins une période d'interruption liée à une incapacité de travail en 2025. Arrêts longue durée, invalidité, accident du travail : ces situations concernent une part significative des départs en retraite — environ un sur six selon les estimations du régime.
L'impact sur la pension finale dépend de la durée cumulée des interruptions, du niveau de salaire antérieur, et de l'âge auquel elles surviennent. Un arrêt en milieu de carrière, quand les salaires sont en progression, pèse plus lourd qu'un arrêt en début d'activité. La mécanique des points amplifie les inégalités de revenus : moins on gagnait, moins on cotisait, moins on accumule — et les périodes sans cotisation aggravent cet effet.
Des mécanismes de compensation existent — mais sous conditions
L'Agirc-Arrco a prévu des dispositifs pour atténuer ces pertes. Des points de retraite complémentaire peuvent être attribués gratuitement pendant certaines périodes d'incapacité, notamment en cas d'invalidité reconnue ou d'arrêt de travail de longue durée pris en charge par la Sécurité sociale. Ces points dits "gratuits" ou "de solidarité" sont versés sous conditions, et leur calcul dépend de la situation individuelle.
Le problème est que ces mécanismes ne sont ni automatiques dans leur application perçue, ni toujours bien connus des assurés. Beaucoup découvrent leur existence — ou leur absence dans leur dossier — au moment de la liquidation, quand les marges de manœuvre sont réduites.
Il existe aussi, dans certains cas, des possibilités de rachat de points ou de vérification des droits acquis via la prévoyance d'entreprise. Les contrats collectifs de prévoyance, obligatoires dans de nombreuses branches depuis la loi de 2013, prévoient parfois un maintien des cotisations retraite complémentaire pendant l'arrêt. Encore faut-il savoir que cette clause existe dans son contrat — et en demander l'application.
Ce qu'il faut vérifier avant la liquidation
La règle de base : ne pas se fier uniquement au relevé de carrière de l'Assurance retraite pour évaluer sa future pension complémentaire. Les deux documents sont distincts. Le relevé de points Agirc-Arrco est accessible sur le site info-retraite.fr ou directement sur le portail du régime complémentaire. C'est lui qui donne la mesure réelle des droits acquis.
Pour ceux qui ont connu un ou plusieurs arrêts longs, il vaut la peine de demander un entretien de conseil auprès de l'Agirc-Arrco — un service gratuit, souvent sous-utilisé — pour reconstituer les périodes concernées, identifier les points gratuits éventuellement attribuables, et vérifier que la prévoyance a bien joué son rôle.
Cette vérification gagne à être faite plusieurs années avant le départ prévu, pas dans les semaines qui précèdent. Certaines corrections ou demandes de régularisation ont des délais de traitement. Et certaines erreurs, une fois la pension liquidée, ne se rattrapent plus.
Le relevé de carrière dit combien de trimestres ont été validés. Il ne dit pas combien de points ont été perdus.
La distinction est technique. Ses conséquences, elles, sont très concrètes.
Source : Senioractu.com.
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