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ALD : la prise en charge à 100 % de vos médicaments menacée ? L'Assurance maladie en a déjà exclu une catégorie, et votre mutuelle n'est pas tenue de payer
Les affections de longue durée garantissent une prise en charge à 100 % — mais ce 100 % a toujours eu ses limites, et certaines exclusions sont déjà effectives. Ce que les pétitions ne disent pas.
JEUDI 5 NOVEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier

Une pétition circule depuis plusieurs semaines, affirmant que l'Assurance maladie s'apprêterait à supprimer la prise en charge intégrale des soins pour les personnes en affection de longue durée. Le texte est alarmant, le partage massif. Et comme souvent avec ce type d'appel, la réalité est plus complexe — et, à certains égards, plus préoccupante que ce que la pétition décrit.
Ce que le dispositif ALD garantit — et ce qu'il n'a jamais garanti
L'affection de longue durée est une reconnaissance administrative accordée par le médecin-conseil de l'Assurance maladie pour une liste de trente maladies définies : diabète, insuffisance cardiaque, cancer, maladie de Parkinson, sclérose en plaques, entre autres. Cette reconnaissance ouvre droit à l'exonération du ticket modérateur — la part qui reste normalement à la charge du patient — sur les soins directement liés à la pathologie reconnue.
Ce "directement liés" est la clé de tout. Un diabétique de type 2 pris en charge à 100 % pour son insuline, ses consultations d'endocrinologie et ses bilans glycémiques ne l'est pas automatiquement pour une fracture, une infection ORL ou une dépression survenue par ailleurs. Ces soins-là relèvent du régime général, avec ticket modérateur ordinaire. La prise en charge à 100 % n'a jamais été universelle : elle est ciblée, conditionnée au lien thérapeutique avec la maladie inscrite sur l'ordonnancier bizone.
Les médicaments à service médical rendu insuffisant : une exclusion déjà actée
Ce que la pétition effleure sans le nommer précisément, c'est une décision antérieure, progressive, et bien réelle. L'Assurance maladie a progressivement déremboursé — ou fortement réduit le remboursement de — les médicaments classés à service médical rendu (SMR) insuffisant par la Haute Autorité de Santé. Cette catégorie regroupe des produits dont l'efficacité thérapeutique n'a pas été jugée suffisamment démontrée au regard des standards actuels d'évaluation.
Or, le statut ALD ne protège pas de cette logique. Un médicament déremboursé pour SMR insuffisant l'est pour tout le monde — y compris pour les patients en ALD, même si ce médicament figure sur leur ordonnance en lien direct avec leur pathologie. La prise en charge à 100 % s'applique au taux de remboursement de droit commun : si ce taux tombe à zéro, le 100 % de zéro reste zéro.
Des centaines de spécialités ont été concernées au fil des années — certains veinotoniques, des médicaments dits "de confort", quelques antalgiques de première génération. Pour un patient qui les prenait depuis longtemps, la rupture a pu être brutale, même si elle était médicalement justifiable.
Le rôle de la mutuelle : une couverture qui n'est pas automatique
Beaucoup de patients en ALD supposent que leur complémentaire santé prendra le relais sur ce que l'Assurance maladie ne couvre pas. C'est parfois vrai, rarement garanti. Les contrats de complémentaire santé — y compris les contrats dits "responsables", qui bénéficient d'avantages fiscaux et sont aujourd'hui la norme — ne sont pas tenus de rembourser les médicaments déremboursés par la Sécurité sociale.
Un contrat responsable peut couvrir le ticket modérateur sur les actes remboursables, mais il ne peut pas, par définition, prendre en charge ce que la Sécurité sociale a sorti de son périmètre. La logique est circulaire : la complémentaire complète, elle ne substitue pas. Certains contrats haut de gamme prévoient des forfaits pour les médicaments non remboursés, mais ils restent minoritaires et souvent plafonnés.
Il vaut donc la peine de relire son contrat — non pas pour s'alarmer, mais pour savoir précisément ce qu'on a souscrit. La rubrique "pharmacie" ou "médicaments non remboursés" est rarement mise en avant lors de la vente.
Ce que les chiffres disent, et ce qu'ils ne règlent pas
La Drees, le service statistique des ministères sociaux, évalue le coût du dispositif ALD à près de 19,7 milliards d'euros. C'est une part considérable des dépenses de l'Assurance maladie, et ce chiffre alimente régulièrement les débats sur la soutenabilité du système. Le nombre de personnes reconnues en ALD a fortement progressé en vingt ans — reflet du vieillissement de la population, de l'amélioration du dépistage, et de l'allongement de la survie avec des maladies chroniques.
Cette progression arithmétique nourrit une tension réelle entre deux réalités également légitimes : la nécessité de garantir l'accès aux soins pour des pathologies lourdes et coûteuses, et la contrainte des finances publiques. Les arbitrages se font rarement par grande réforme annoncée — ils se font par ajustements successifs, déremboursements discrets, révisions de nomenclature. C'est précisément ce caractère silencieux qui rend la vigilance utile.
Ce n'est pas la prise en charge à 100 % qui est menacée dans son principe — c'est le périmètre de ce qui est remboursable qui se réduit, lentement, par décisions techniques.
La pétition pose une mauvaise question, mais elle pointe un vrai sujet. Non, l'ALD ne sera pas supprimée demain. Oui, ce qu'elle couvre effectivement évolue, et pas toujours dans le sens des patients. La différence entre les deux mérite d'être comprise — par ceux qui vivent avec une maladie chronique, et par ceux qui les accompagnent.
Source : Senioractu.com.
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