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Cadmium : l'Assemblée vote contre le gouvernement, un dépistage remboursé arrive le 16 juin

Le cadmium s'accumule en silence dans les reins, les os, les poumons — et il entre par l'assiette. Une proposition de loi adoptée à l'Assemblée, malgré l'opposition du gouvernement, ouvre désormais la voie à un dépistage remboursé.

VENDREDI 5 JUIN 2026·Par Fabrice Crozier

Une assiette en faïence blanche photographiée en plongée légère sur une table en bois clair, au centre de laquelle repose un unique légume-racine — une carotte ou un panais — encore terreux, éclairé par une lumière de fenêtre rasante qui fait ressortir la texture granuleuse de la terre séchée.
Illustration générée par notre rédaction.

Le pain du matin, les pâtes du soir, les pommes de terre en toutes saisons : ces aliments du quotidien contiennent du cadmium. Pas en traces anecdotiques. En quantités suffisantes pour que, selon les données de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), près d'un adulte français sur deux dépasse les seuils de sécurité sanitaire établis par les autorités européennes. Ce métal lourd ne se voit pas, ne se sent pas, et l'organisme ne sait pas s'en débarrasser.

Un vote que le gouvernement ne souhaitait pas

Le 3 juin, l'Assemblée nationale a adopté une proposition de loi par 144 voix contre 22. Le texte, porté par les députés Benoît Biteau (Les Écologistes) et Clémentine Autain, prévoit notamment l'instauration d'un dépistage remboursé de l'exposition au cadmium. L'écart des votes dit quelque chose : ce n'est pas un vote de façade. Le gouvernement s'y était opposé, invoquant vraisemblablement des questions de coût et de faisabilité du dispositif à grande échelle. La chambre basse a passé outre.

Ce dépistage doit entrer en vigueur le 16 juin. Concrètement, il s'agit d'un dosage urinaire — la cadmiurie — qui mesure la concentration de cadmium excrétée par les reins. C'est aujourd'hui l'indicateur le plus fiable d'une exposition chronique, car le cadmium s'accumule préférentiellement dans le cortex rénal, où il peut provoquer des lésions irréversibles après des années de dépôt silencieux.

Ce que le cadmium fait au corps

Le cadmium est classé cancérogène certain pour l'homme par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Il est associé à des cancers du poumon, du rein et, selon certaines études, de la prostate et de l'endomètre. Mais sa toxicité la plus documentée reste rénale : une exposition prolongée, même à faible dose, altère la capacité des tubules rénaux à réabsorber certaines protéines et minéraux. Le résultat, à terme, peut être une insuffisance rénale chronique — pathologie dont on connaît la discrétion des débuts et la sévérité de l'évolution.

Le cadmium fragilise aussi le tissu osseux. Il interfère avec le métabolisme du calcium et peut favoriser l'ostéoporose, en particulier chez les femmes après la ménopause. Ce double effet — rénal et osseux — en fait un contaminant particulièrement préoccupant pour les adultes d'âge mûr, dont les reins ont déjà accumulé des décennies d'exposition et dont la densité osseuse est naturellement en déclin.

La source principale d'exposition n'est pas industrielle au sens strict. Elle est alimentaire. Le cadmium est présent naturellement dans les sols, mais les engrais phosphatés utilisés en agriculture intensive en ont considérablement augmenté les concentrations dans les terres cultivées. Les céréales, les légumineuses, les tubercules et les abats l'absorbent et le concentrent. Le tabac constitue une voie d'exposition supplémentaire significative : une cigarette apporte du cadmium directement dans les poumons, avec une absorption bien supérieure à celle de la voie digestive.

Un dépistage : pour quoi faire ?

La question mérite d'être posée franchement. Il n'existe pas de traitement chélateur du cadmium validé en pratique clinique courante, contrairement au plomb ou au mercure. Dépister sans pouvoir traiter peut sembler une démarche incomplète. Mais l'utilité du dépistage tient à autre chose : identifier les personnes dont l'exposition est particulièrement élevée permet d'orienter des changements alimentaires ciblés, de surveiller la fonction rénale de façon rapprochée, et d'éviter que des lésions débutantes ne progressent vers l'irréversible.

Sur le plan collectif, le dépistage généralisé produira aussi des données épidémiologiques que la France ne possède pas encore à cette échelle. Savoir quelles régions, quelles habitudes alimentaires, quels profils d'exposition sont les plus à risque est une condition préalable à toute politique de réduction à la source — dans les pratiques agricoles, dans les normes sur les engrais, dans les seuils réglementaires européens.

Le cadmium illustre une réalité inconfortable : les risques sanitaires les plus diffus sont souvent les moins visibles, et donc les moins combattus.

L'Union européenne a abaissé à plusieurs reprises ses limites maximales de cadmium dans les denrées alimentaires, notamment dans le blé tendre et les produits céréaliers. Mais ces normes restent un compromis entre impératifs sanitaires et faisabilité agricole. La proposition de loi française s'inscrit dans une logique de précaution active : ne pas attendre que les seuils européens bougent pour agir sur la connaissance individuelle du risque.

Ce que cela change pour vous

Si le texte est promulgué sans modification par le Sénat — étape encore à franchir — un médecin généraliste pourra prescrire un dosage urinaire du cadmium remboursé par l'Assurance maladie. Aucune liste de critères d'éligibilité n'a encore été rendue publique à ce stade : on ignore si le remboursage sera universel ou ciblé sur des populations à risque identifiées. C'est l'un des points que le décret d'application devra préciser.

En attendant, quelques ajustements alimentaires réduisent l'exposition sans renoncer à rien d'essentiel : varier les sources de céréales, limiter la consommation hebdomadaire d'abats (rognons notamment), ne pas fumer ou cesser de le faire. Ces gestes ne suffisent pas à effacer des décennies d'accumulation, mais ils ralentissent le dépôt futur. C'est déjà quelque chose.

Source : Senioractu.com.

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