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Canicule : la ministre annonce 2 025 morts supplémentaires en une semaine, le bilan va encore s'alourdir
Deux mille morts en une semaine. La canicule de juin 2025 révèle, une fois de plus, que la chaleur extrême tue en silence — et que les bilans officiels arrivent toujours après.
VENDREDI 3 JUILLET 2026·Par Fabrice Crozier
Le chiffre tombe un vendredi d'été, presque discrètement : 2 025 décès supplémentaires par rapport à la normale, pour la seule semaine du 22 au 28 juin 2025. C'est la ministre de la Santé Stéphanie Rist qui l'a communiqué le 3 juillet, à partir des premières données consolidées de Santé publique France. Le bilan, précise-t-elle, n'est pas définitif. Il va s'alourdir.
Un excès de mortalité, pas une coïncidence
La notion d'« excès de mortalité » mérite qu'on s'y arrête. Il ne s'agit pas du nombre total de personnes décédées pendant la vague de chaleur, mais de l'écart entre les morts constatés et ceux qu'on aurait statistiquement attendus pour la même période, en l'absence d'événement climatique exceptionnel. C'est cet écart — 2 025 — que les épidémiologistes de Santé publique France ont mesuré. La méthode est rigoureuse ; elle est aussi, par construction, conservatrice. Les chiffres définitifs, publiés plusieurs semaines après l'événement, sont presque toujours plus élevés.
La chaleur tue par plusieurs mécanismes simultanés : hyperthermie directe, aggravation de maladies cardiovasculaires ou respiratoires préexistantes, déshydratation silencieuse, interactions médicamenteuses amplifiées par la température corporelle. Elle tue aussi par isolement. Les personnes qui vivent seules, sans climatisation, dans des logements mal isolés des villes denses, meurent souvent sans que personne ne s'en aperçoive avant plusieurs jours.
L'ombre de 2003
La France a une mémoire douloureuse de ce sujet. La canicule d'août 2003 avait causé près de 15 000 morts supplémentaires en moins de trois semaines — un chiffre qui n'a été établi qu'à l'automne, après un travail épidémiologique long et difficile. Le traumatisme avait conduit à la création du plan national canicule, au renforcement des systèmes d'alerte météorologique, à la mise en place de registres communaux pour les personnes isolées, et à l'instauration de la journée de solidarité.
Vingt ans plus tard, ces dispositifs existent. Ils fonctionnent partiellement. Mais 2 025 morts en sept jours rappellent que les outils institutionnels ne suffisent pas quand les températures franchissent certains seuils, quand les nuits ne rafraîchissent plus, quand le bâti urbain accumule la chaleur jour après jour.
Ce que les chiffres ne disent pas encore
Le bilan du 3 juillet ne couvre qu'une semaine. La vague de chaleur de fin juin a duré plus longtemps. D'autres données, pour les jours précédant le 22 juin et pour ceux qui ont suivi le 28, seront intégrées dans les prochains bulletins de Santé publique France. Le chiffre final pourrait être sensiblement plus élevé.
Il faut aussi lire ce bilan en tenant compte de ce qu'il ne mesure pas : les hospitalisations évitées de justesse, les décompensations cardiaques qui laisseront des séquelles, les personnes dont l'état de santé s'est dégradé de façon irréversible sans entraîner de décès immédiat. La surmortalité est l'indicateur le plus visible ; elle n'est pas le seul.
Au moins 2 025 décès supplémentaires par rapport à la normale ont été enregistrés pour la semaine du 22 au 28 juin. Le chiffre va encore s'alourdir. — Stéphanie Rist, ministre de la Santé, 3 juillet 2025
Chaleur et médicaments : un angle souvent négligé
Parmi les facteurs de risque les moins discutés publiquement figure l'interaction entre la chaleur et certains traitements courants. Les diurétiques, les bêtabloquants, les antihypertenseurs, les neuroleptiques, certains antidépresseurs — des médicaments pris quotidiennement par des millions de personnes — modifient la thermorégulation ou amplifient le risque de déshydratation. Les médecins généralistes le savent ; leurs patients, souvent, ne le savent pas. Une vague de chaleur est le moment de reposer la question à son médecin, pas d'attendre que les symptômes apparaissent.
La prévention individuelle — s'hydrater, rafraîchir son logement, éviter les sorties aux heures les plus chaudes — reste utile. Elle ne remplace pas une politique du bâti, une réflexion sérieuse sur l'urbanisme, et une attention collective aux personnes qui vivent seules. Les 2 025 morts de la semaine du 22 au 28 juin ne sont pas une fatalité climatique abstraite. Ce sont des vies qui avaient des adresses.
Source : Senioractu.com.
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