Finances·Article 2 sur 4
Pension de retraite : 1 705 € bruts en moyenne, mais ce montant n'est pas celui que vous touchez
La DREES vient de publier ses statistiques annuelles sur les pensions versées en 2024 : 1 705 euros bruts par mois en moyenne. Un chiffre qui dit quelque chose — et qui en cache beaucoup.
VENDREDI 29 MAI 2026·Par Fabrice Crozier
Un chiffre rond, une moyenne nationale, un communiqué de la DREES daté du 26 mai 2026 — et aussitôt, la tentation de se situer. Suis-je au-dessus, en dessous ? La pension moyenne des retraités français s'établit à 1 705 euros bruts par mois pour l'année 2024. Mais ce montant ne correspond à ce que personne ne touche vraiment. Il résume une réalité composite, après prélèvements, avant ajustements, et sur un périmètre qui mérite d'être explicité.
Ce que compte — et ne compte pas — la DREES
La Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques est le service statistique commun aux ministères sociaux. Son périmètre est précis : elle recense les pensions de droit direct, c'est-à-dire celles acquises par la personne elle-même au titre de sa propre carrière. Au 31 décembre 2024, 17,3 millions de personnes en percevaient une en France.
Sont donc exclus de ce chiffre les pensions de réversion — versées au conjoint survivant —, qui concernent plusieurs millions de personnes supplémentaires, majoritairement des femmes. Sont également hors périmètre les prestations de solidarité comme l'allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA), ancien minimum vieillesse, qui complète les pensions les plus faibles sans en faire techniquement partie.
Ce cadrage n'est pas un artifice : il répond à une logique statistique cohérente. Mais il signifie que la moyenne de 1 705 euros ne reflète pas le revenu de retraite réel d'une grande partie de la population concernée.
Du brut au net : un écart qui compte
Le montant publié est exprimé en brut. Entre ce chiffre et ce qui arrive sur un compte bancaire, plusieurs prélèvements s'intercalent.
Le principal est la contribution sociale généralisée (CSG), dont le taux applicable aux pensions varie selon le revenu fiscal de référence. La majorité des retraités est soumise au taux normal de 8,3 %, mais une partie bénéficie d'un taux réduit à 3,8 %, voire d'une exonération totale pour les revenus les plus modestes. S'y ajoute la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS) à 0,5 %, ainsi que, pour certains régimes, une cotisation d'assurance maladie résiduelle.
Au total, pour un retraité soumis au taux plein de CSG, le passage du brut au net représente un abattement d'environ 10 % selon les régimes. Sur 1 705 euros bruts, cela ramène le net à environ 1 530 euros — avant impôt sur le revenu, qui s'applique ensuite selon les règles ordinaires du foyer fiscal.
Ce n'est pas une découverte pour ceux qui ont reçu leur premier avis de versement. Mais la répétition du chiffre brut dans le débat public entretient une confusion qui n'est pas neutre : elle surestime le niveau de vie réel des retraités dans les comparaisons internationales et dans les discussions sur le pouvoir d'achat.
Une moyenne qui masque des écarts considérables
Derrière 1 705 euros, la distribution est très étalée. Les données historiques de la DREES montrent régulièrement que les femmes perçoivent une pension de droit direct inférieure d'environ 40 % à celle des hommes — un écart qui reflète des carrières plus souvent incomplètes, à temps partiel, ou interrompues. Les générations nées dans les années 1950 et 1960, qui ont connu des marchés du travail plus stables et des régimes plus généreux, affichent des montants sensiblement supérieurs à ceux des cohortes plus récentes.
Les régimes spéciaux — fonctionnaires d'État, collectivités territoriales, hospitaliers — présentent des niveaux de pension structurellement différents du régime général, en raison de règles de calcul distinctes (traitement indiciaire de fin de carrière plutôt que vingt-cinq meilleures années). Les indépendants, artisans, commerçants, perçoivent en moyenne des montants plus faibles, reflet de cotisations historiquement moins élevées.
La moyenne nationale agrège tout cela. Elle est utile pour suivre une tendance dans le temps. Elle dit peu sur la situation individuelle.
Ce que ce chiffre permet quand même de lire
La publication annuelle de la DREES reste un outil de référence sérieux. Elle permet de mesurer l'évolution du niveau des pensions en termes réels — c'est-à-dire corrigé de l'inflation —, de suivre l'effet des réformes successives, et d'observer comment la structure de la population retraitée se transforme.
La revalorisation des pensions, indexée sur l'inflation depuis 1987 pour le régime général, a permis de préserver globalement le pouvoir d'achat des retraités sur longue période. Mais les années 2022-2023, marquées par une inflation élevée et des revalorisations décalées, ont temporairement rogné ce pouvoir d'achat — un épisode que les statistiques 2024 commencent à intégrer.
Lire ce chiffre de 1 705 euros avec ses limites, c'est précisément ce que permet une statistique publique bien construite : non pas une vérité sur votre situation, mais un repère sur l'état d'un système.
Source : senioractu.com.
Article original : Lire la suite sur senioractu.com ↗