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« Sans conservateur », « sans colorant » : Yuka et Que Choisir jugent ces mentions trompeuses et listent 20 produits de vos courses à surveiller
Retourner un paquet pour lire sa composition est devenu un geste presque civique. Mais Yuka et Que Choisir pointent une faille dans ce rituel : certaines mentions rassurantes ne disent pas ce qu'elles semblent promettre.
MARDI 3 NOVEMBRE 2026·Par Régis Mayer
Il n'y a rien de faux sur l'étiquette. C'est précisément le problème. Quand un fabricant imprime « sans conservateur » sur sa boîte de madeleines, il dit la vérité — et il la dit de façon à orienter votre jugement. Yuka et Que Choisir ont mis un nom sur cette pratique : l'additive washing. Par analogie avec le greenwashing, le terme désigne l'art de mettre en avant l'absence d'un additif jugé inquiétant tout en taisant la présence d'autres substances aux effets similaires ou comparables.
Ce que la mention ne dit pas
Un conservateur, au sens réglementaire, est un additif classé dans la catégorie E200 à E297 — sorbates, benzoates, sulfites, nitrites, entre autres. Sa fonction déclarée est d'empêcher la prolifération microbienne. Mais d'autres ingrédients remplissent un rôle analogue sans porter cette étiquette : les acidifiants, certains extraits de romarin, le vinaigre concentré, les atmosphères modifiées. Un produit peut donc prolonger sa durée de vie sans recourir à un conservateur au sens strict, et afficher la mention en toute légalité.
Le même raisonnement vaut pour les colorants. La réglementation européenne définit précisément les substances classées comme tels — les E100 à E180. Mais le caramel ordinaire, le paprika en poudre, la betterave déshydratée ou le curcuma peuvent colorer un aliment sans être soumis aux mêmes obligations d'étiquetage, parce qu'ils sont considérés comme des ingrédients et non comme des additifs. Résultat : « sans colorant artificiel » peut coexister avec une teinte obtenue par d'autres moyens.
Vingt produits, une liste, une demande
Yuka et Que Choisir ont relevé vingt produits de grandes marques illustrant cette logique. La liste couvre des rayons familiers : biscuiterie, charcuterie, sauces, plats préparés. Les deux organisations ne demandent pas le retrait des produits — elles demandent le retrait des mentions. Leur argument est simple : une allégation qui sélectionne une vérité pour en masquer une autre n'informe pas, elle rassure à bon marché.
La demande s'inscrit dans un débat réglementaire plus large. Le règlement européen sur les allégations nutritionnelles et de santé, en vigueur depuis 2006, encadre strictement ce que l'on peut écrire sur un emballage concernant les nutriments — fibres, sel, sucres, graisses. Mais il ne couvre pas les allégations portant sur l'absence d'additifs. Ce vide laisse aux fabricants une latitude que certains utilisent avec habileté.
« Sans conservateur » ne signifie pas « sans additif ». Cela signifie : sans l'additif que vous craignez le plus.
Lire une étiquette, vraiment
Face à ce type de communication, la liste des ingrédients reste le seul document contractuel. Elle est obligatoire, exhaustive, ordonnée par ordre décroissant de poids. Les additifs y figurent avec leur nom de catégorie et leur numéro E — ou leur nom complet si le fabricant préfère l'effet rassurant d'un terme comme « acide citrique » plutôt que « E330 ». Les deux désignent la même molécule.
Quelques repères pratiques, sans prétendre à l'exhaustivité. Les conservateurs portent les numéros E200 à E297. Les colorants vont de E100 à E180. Les antioxydants — qui peuvent ralentir l'oxydation comme le ferait un conservateur — se trouvent entre E300 et E321. Les émulsifiants, épaississants et stabilisants occupent la plage E400 à E495. Un produit « sans conservateur » peut contenir plusieurs références dans ces autres catégories sans contrevenir à aucune règle.
Yuka, dont l'application est utilisée par plusieurs dizaines de millions de personnes en Europe, a construit son audience précisément sur cette promesse de traduction. Mais l'application elle-même repose sur des algorithmes et des pondérations qui font l'objet de critiques méthodologiques — certains nutritionnistes reprochent à son score de ne pas distinguer la dose de la substance, ni le contexte alimentaire global. L'outil est utile ; il n'est pas neutre.
Une question de confiance
Ce que pointe cette affaire dépasse la liste des vingt produits. Elle touche à la relation entre le consommateur et l'emballage — ce contrat implicite selon lequel ce qui est écrit en grand correspond à ce qui compte. Or l'étiquetage alimentaire est un espace où la communication marketing et l'obligation légale coexistent sur le même carton, souvent sans frontière visible.
La demande de Yuka et Que Choisir — supprimer ces allégations — est une demande de clarté, pas d'interdiction. Elle revient à dire qu'une information sélective est une forme d'opacité. Dans un rayon où chaque paquet rivalise d'arguments santé, cette distinction mérite d'être posée.
Source : SeniorActu.
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