Santé·Article 3 sur 4
Un antidouleur, un décontractant musculaire, un fluidifiant pour les bronches : votre kiné peut désormais les prescrire à la fin de votre séance
Depuis le 17 septembre 2024, les kinésithérapeutes français sont autorisés à prescrire certains médicaments en fin de séance. Une avancée discrète, aux contours précis, qui redistribue les rôles dans le parcours de soins.
VENDREDI 18 SEPTEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier
La douleur qui revient dans le métro, juste après la séance. La contracture qui reprend le soir. Le médecin traitant à rappeler pour une ordonnance que tout le monde savait nécessaire. Cette séquence familière appartient désormais au passé — du moins en partie. Depuis le 17 septembre 2024, les masseurs-kinésithérapeutes peuvent prescrire directement certains médicaments à l'issue d'une consultation. Une liste de 58 spécialités, encadrée par arrêté, qui modifie en profondeur la logique du soin de rééducation.
Ce que contient la liste — et ce qu'elle exclut
Cinquante-huit lignes, donc. Pas une de plus. Le texte réglementaire distingue trois grandes familles thérapeutiques accessibles à la prescription kinésithérapique.
Les antalgiques d'abord — principalement des molécules de palier 1, comme le paracétamol, et certains anti-inflammatoires non stéroïdiens en usage local ou oral à faible dose. Rien qui relève de la morphine ou de ses dérivés : la prescription des opioïdes reste l'apanage exclusif du médecin.
Les myorelaxants ensuite — des décontractants musculaires dont l'usage est courant en rhumatologie et en traumatologie. Ils permettent de prolonger l'effet d'une séance de travail sur les tensions, d'éviter que la contracture ne se réinstalle dans les heures suivantes.
Les fluidifiants bronchiques enfin — une présence qui peut surprendre, mais qui s'explique par le champ d'exercice de la kinésithérapie respiratoire. Les kinés interviennent régulièrement auprès de patients atteints de bronchite chronique, de mucoviscidose, ou en post-opératoire thoracique. Faciliter le drainage des sécrétions fait partie de leur pratique quotidienne ; pouvoir prescrire le médicament qui l'accompagne relève d'une cohérence clinique longtemps attendue.
Ce que la liste n'inclut pas est tout aussi instructif : pas d'antibiotiques, pas de corticoïdes systémiques, pas de psychotropes, pas de médicaments à prescription restreinte. Le périmètre est volontairement étroit. Il s'agit de compléter un acte, non de substituer une profession à une autre.
Une réforme inscrite dans un mouvement plus large
Cette évolution ne surgit pas de nulle part. Elle s'inscrit dans une tendance de fond qui traverse les professions de santé depuis une dizaine d'années : élargir les compétences prescriptives des paramédicaux pour désengorger les cabinets médicaux et fluidifier les parcours de soins.
Les infirmiers de pratique avancée ont ouvert la voie. Les pharmaciens ont obtenu le droit de dispenser certains traitements sans ordonnance dans des cas précis. Les sages-femmes disposent depuis longtemps d'un droit de prescription étendu dans leur domaine. La kinésithérapie rejoignait l'un des derniers rangs de cette recomposition.
En France, on compte environ 90 000 masseurs-kinésithérapeutes en exercice. Ils réalisent chaque année plusieurs centaines de millions de séances — un volume qui en fait l'un des premiers points de contact du système de soins après le médecin généraliste. Que ces professionnels ne puissent pas, jusqu'ici, écrire le nom d'un antalgique banal sur une feuille d'ordonnance relevait d'une incohérence que le terrain avait depuis longtemps signalée.
Ce que cela change concrètement
Pour le patient, le gain est immédiat et tangible. Fini le délai entre la séance et la consultation médicale pour obtenir ce que le kiné avait de toute façon recommandé. Fini le recours aux urgences ou au médecin de garde pour une contracture douloureuse survenue un vendredi soir après une séance de rééducation post-opératoire.
Pour le kinésithérapeute, la responsabilité s'étend. Prescrire engage. La formation initiale des kinés intègre depuis longtemps la pharmacologie de base, mais l'exercice concret de la prescription suppose une vigilance nouvelle : interactions médicamenteuses, contre-indications, terrain allergique du patient. Des éléments que le professionnel doit désormais vérifier avec la même rigueur qu'un médecin — dans un temps de consultation qui reste souvent court.
Pour le médecin traitant, le changement est plus subtil. Il perd une partie de son monopole prescripteur sur des actes mineurs, mais il gagne en disponibilité pour des situations qui le requièrent vraiment. La coordination reste néanmoins indispensable : le kiné qui prescrit doit, dans la logique du dossier médical partagé, informer le médecin référent des traitements initiés.
La prescription kinésithérapique ne concurrence pas la médecine. Elle la prolonge là où elle ne peut pas toujours être présente.
Ce que le patient doit savoir
Quelques points méritent d'être gardés en tête. La prescription du kiné est soumise aux mêmes règles de remboursement que celle d'un médecin — les médicaments de la liste qui figurent sur la liste des spécialités remboursables le restent, à condition que l'ordonnance soit conforme. Le patient n'a pas à avancer davantage.
En revanche, si une douleur persiste au-delà de ce que le traitement prescrit permet de soulager, ou si elle change de nature, le retour vers le médecin reste la règle. La prescription kinésithérapique est conçue pour accompagner un acte de rééducation, pas pour gérer une pathologie de fond.
Enfin, tous les kinés ne prescriront pas nécessairement dès maintenant. Certains attendront de se former davantage, d'autres exercent dans des structures où la coordination médicale est déjà fluide. L'autorisation existe ; son usage restera, comme souvent, affaire de jugement clinique.
Source : Senioractu.com.
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