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DIMANCHE 27 SEPTEMBRE 2026N° 142
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Vous prenez votre traitement de la ménopause en comprimés : une étude danoise l'associe à un risque de thrombose que le gel et le patch n'ont pas

Une étude danoise portant sur des centaines de milliers de femmes confirme ce que la pharmacologie suspectait depuis des années : la voie d'administration des hormones compte autant que la molécule elle-même. Pour les femmes sous traitement hormonal de la ménopause, le choix entre comprimé, gel ou patch n'est pas qu'une question de confort.

DIMANCHE 27 SEPTEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier

Une plaquette thermoformée de comprimés blancs posée sur un marbre de salle de bains, à côté d'un tube de gel entrouvert, éclairée par la lumière rasante d'une fenêtre matinale.
Illustration générée par notre rédaction.

Avaler un comprimé ou étaler un gel sur le poignet — le résultat hormonal semble identique, la biologie ne l'est pas. Une vaste étude publiée en septembre 2024, conduite à partir des registres de santé danois, vient documenter avec une précision rare ce que les spécialistes pressentaient depuis les années 2000 : les œstrogènes pris par voie orale augmentent le risque de thrombose veineuse, là où les formes transdermiques — gel, patch, spray — ne semblent pas partager ce profil de risque.

Ce que les registres danois ont permis de mesurer

Le Danemark dispose d'un outil épidémiologique exceptionnel : chaque ordonnance délivrée, chaque hospitalisation, chaque diagnostic sont consignés dans des bases nationales couplées aux numéros d'identification personnels. Les chercheurs ont pu suivre des centaines de milliers de femmes sur plusieurs années, comparer les groupes selon leur traitement, et isoler le signal thrombotique avec une puissance statistique difficile à atteindre dans un essai clinique classique.

Le résultat est net. Les femmes prenant des œstrogènes par voie orale présentent un risque accru de thrombose veineuse profonde et d'embolie pulmonaire par rapport à celles qui n'ont aucun traitement. Celles qui utilisent un gel ou un patch, en revanche, ne montrent pas d'excès de risque significatif par rapport à la même population de référence.

Ce n'est pas la première étude à pointer cette différence — des travaux français et britanniques l'avaient déjà suggérée dans les années 2010 — mais l'ampleur de la cohorte danoise renforce la solidité du signal.

Pourquoi la voie d'administration change tout

L'explication est métabolique. Lorsqu'un œstrogène est avalé, il traverse la paroi intestinale, passe dans la veine porte et arrive directement au foie avant d'atteindre la circulation générale. Ce premier passage hépatique modifie la synthèse de plusieurs facteurs de coagulation — le foie en produit la plupart — et incline la balance vers un état procoagulant. L'effet est dose-dépendant et varie selon la molécule utilisée.

Un gel ou un patch contourne entièrement ce passage. L'hormone diffuse à travers la peau, entre dans la circulation sanguine périphérique et atteint les organes cibles sans jamais concentrer une dose élevée dans le foie. Le profil coagulatoire reste proche de celui observé sans traitement.

Cette différence pharmacocinétique est connue depuis longtemps. Elle figure dans les recommandations de la Société française de gynécologie et dans celles de la Menopause Society américaine. Mais la connaissance théorique et la pratique de prescription ne se rejoignent pas toujours.

Ce que cela change — ou devrait changer — en consultation

En France, les traitements hormonaux de la ménopause transdermiques sont déjà largement prescrits, davantage qu'en Allemagne ou aux États-Unis où le comprimé reste dominant. Ce n'est pas un hasard : les études françaises des années 2000, notamment celles de l'équipe de la cohorte E3N, avaient très tôt mis en évidence l'avantage du patch et du gel sur le risque cardiovasculaire et thrombotique.

Pour autant, des femmes continuent de prendre des comprimés — parfois par habitude, parfois parce que le gel irrite ou colle, parfois parce que la question n'a pas été reposée depuis des années. L'étude danoise donne une raison supplémentaire de la reposer.

Le risque absolu mérite d'être rappelé pour ne pas alimenter une anxiété disproportionnée. La thrombose veineuse reste un événement relativement rare dans la population générale des femmes en début de ménopause, sans facteurs de risque particuliers. L'excès de risque lié au comprimé existe, il est documenté, mais il ne transforme pas chaque utilisatrice en patiente à risque immédiat. Ce qui change, c'est le calcul bénéfice-risque individuel — et ce calcul appartient à la femme et à son médecin, pas à une recommandation générique.

Certains facteurs inclinent à la prudence : antécédents personnels ou familiaux de phlébite ou d'embolie, thrombophilie connue, obésité, immobilisation prolongée, tabagisme. Pour ces profils, la préférence pour une voie transdermique n'est plus seulement une option confortable, elle devient une précaution raisonnée.

La progestérone dans l'équation

L'étude danoise porte principalement sur les œstrogènes, mais le traitement hormonal de la ménopause associe le plus souvent un progestatif chez les femmes non hystérectomisées. Là aussi, la molécule et la voie comptent. La progestérone micronisée naturelle — Utrogestan en France — présente un profil de risque thrombotique plus favorable que les progestatifs de synthèse. C'est une donnée que les recommandations françaises intègrent depuis plusieurs années, et que l'étude danoise ne remet pas en cause.

Ce que le travail danois confirme, au fond, c'est que le traitement hormonal de la ménopause n'est pas un bloc monolithique. Il recouvre des molécules différentes, des voies d'administration différentes, des durées différentes — et des profils de risque qui divergent selon chacune de ces variables. Traiter la ménopause, c'est prescrire avec précision, pas distribuer une ordonnance standard.

Source : Senioractu.com.

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